Le retour de la Françafrique, sur la pointe des pieds

La République Centrafricaine

La République Centrafricaine

La France a déjà choisi son candidat pour la prochaine élection présidentielle en Centrafrique, affirme le journaliste et écrivain Marcus Boni Teiga, ancien directeur de l’hebdomadaire Le Bénin Aujourd’hui. Ainsi la doctrine Hollande, « qui consiste pour la France à user de son influence à l’ONU pour obtenir la couverture de droit, consulter les pays africains ou les associer à ses interventions ne relève que du trompe-l’œil ». 


 Passé les atermoiements qui ont précédé la chute de François Bozizé le 24 mars 2013, le président François Hollande a finalement engagé les troupes françaises sur le sol centrafricain le 5 décembre dernier, en réponse au chaos sécuritaire et à la crise humanitaire consécutive à la prise du pouvoir par les ex-rebelles de la coalition Séléka. Mais cette deuxième intervention militaire dans son ancien « pré carré », après celle du Mali, marque aussi de façon paradoxale le grand retour de la Françafrique. Sur la pointe des pieds.

Peu avant la chute de son régime, l’ancien président François Bozizé avait usé de tous les moyens pour faire jouer les accords de défense entre la France et la Centrafrique. En vain. Le président François Hollande, qui avait promis d’ouvrir une nouvelle page d’histoire dans les relations avec ses ex-colonies, ne s’était pas laissé attendrir outre mesure. Face à l’avancée de la Séléka sur Bangui, il avait choisi la carte de la neutralité. Mais la France était loin de se douter qu’en lâchant Bozizé, le pays allait basculer dans le chaos.

Le nouveau président, Michel Djotodia, qui a été porté au pouvoir par une coalition hétéroclite à dominante musulmane, s’est ainsi trouvé désemparé face aux agissements de ses hommes, les éléments de la Séléka n’ayant de cesse de se livrer à des pillages, des viols et des exécutions sommaires. Conséquence : les populations civiles, en majorité chrétiennes, se sont organisées en milices d’auto-défense Anti-Balaka contre la Séléka. Le renversement du régime de François Bozizé a donc rapidement fait dégénérer le coup d’Etat en conflit à caractère confessionnel, les musulmans du pays en devenant des victimes expiatoires. Au même titre que les ressortissants tchadiens, dont le pays est montré du doigt pour son soutien à la Séléka désormais au pouvoir.

En accédant à la magistrature suprême en 2012, François Hollande avait promis aux Africains un nouveau partenariat basé sur le développement et le business avec la France, en lieu et place de la Françafrique et de ses réseaux occultes qui favorisent non seulement la naissance d’oligarchies au pouvoir mais aussi leur maintien ad vitam aeternam, grâce au pillage des ressources des pays au détriment des peuples.

Au Mali comme en Centrafrique, les interventions militaires françaises cachent mal une stratégie de repositionnement géopolitique de la France dans ses ex-colonies, échaudée par son manque de politique africaine ces dernières années et une occupation grandissante du terrain de la part des puissances comme la Chine, les Etats-Unis, l’Inde et bien d’autres pays émergents. Ce que d’aucuns ont baptisé la « doctrine Hollande » en Afrique n’est, au fond, en rien différent des pratiques de jadis, si décriées, de la Françafrique. Car en fait de « doctrine Hollande », qui consiste pour la France à user de son influence à l’ONU pour obtenir la couverture de droit, consulter les pays africains ou les associer à ses interventions ne relève que du trompe-l’œil. Avec au final le même objectif que celui auquel la Françafrique s’est toujours dévouée. Et si l’opération « Serval » au Mali n’avait pas permis de s’en rendre compte, l’opération « Sangaris » en cours en Centrafrique en dit long.

En effet, alors même qu’à Paris le sommet France-Afrique de l’Elysée sur la paix et la sécurité en Afrique s’ouvrait, et que des soldats français prenaient pied à Bangui le 6 décembre dernier, l’après-Sangaris se jouait déjà. Et cela, dans les règles de l’art de la Françafrique, comme du temps même où Jacques Foccart officiait à la Cellule africaine de l’Elysée. Sauf que cette fois-ci, c’est sous la houlette du secrétaire du PS, Harlem Désir, que les socialistes au pouvoir se sont activés pour trouver le prochain président de la Centrafrique. Au cours d’une rencontre secrète en marge dudit sommet, l’ancien Premier ministre centrafricain Martin Ziguélé a été coopté par les réseaux du parti au pouvoir en France pour se présenter à la prochaine présidentielle en Centrafrique.

On n’est certes plus au temps où la France pouvait débarquer des militaires dans ce pays et avec un président dans ses valises. Les opérations « Caban » et « Barracuda » qui avaient remis au pouvoir, en septembre 1979, le président David Dacko (chef de l’Etat et du gouvernement de la RCA du 28 octobre 1958 au 31 décembre 1965 avant d’être chassé par le putsch de Jean-Bedel Bokassa) sont bien présentes dans les mémoires pour illustrer ces grands moments de la Françafrique. Mais aujourd’hui, les socialistes au pouvoir, faute de tenir leurs promesses quant à écrire une nouvelle page d’histoire dans les relations entre la France et l’Afrique, ont remis la Françafrique au goût du jour, du moins à leur goût. Dont acte !

source Médiapart

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Mali : une force de paix et de combat de l’ONU

Ban Ki-moon, le Secrétaire général de l’ONU

Ban Ki-moon, le Secrétaire général de l’ONU

L’ONU présente, ce mercredi 27 mars au Conseil de Sécurité, ses recommandations sur la mission de la paix au Mali, composée de 11200 hommes, appuyée d’une « force parallèle » afin d’affronter les islamistes.

L’ONU envisage d’envoyer une force de maintien de la paix au Mali. Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, présentera ce mardi 27 mars au Conseil de Sécurité ses recommandations sur la mission de paix au Mali, forte de 11200 hommes, appuyée d’une « force parallèle » afin d’affronter les islamistes.

« Le secrétaire général de l’ONU préconise donc une mission de 11 200 hommes, principalement des soldats africains de l’Afisma qui devra être appuyée d’une « force parallèle », chargée de combattre les groupes extrémistes. Aucune précision sur cette force », fait savoir RFI.

« Ce qui semble indiquer que l’ONU souhaite le maintien d’une présence militaire française en appui à sa « mission de stabilisation », analyseL’Express.fr.

Paris veut passer le relais à l’ONU

François Hollande l’a annoncé. Le rapatriement des 4 000 militaires français engagés dans la guerre au Mali débutera en avril. Les autorités françaises espèrent, alors, que cette date coïncidera avec le déploiement d’une force de maintien de la paix de l’ONU.

Laurent Fabius espère un rapide passage de relais entre les troupes françaises et les Casques bleus. C’est ce qu’a annoncé le ministre français des Affaires étrangères, mardi 12 mars. Et pour cause, la guerre au Mali coûte de plus en plus cher. Depuis le début de l’intervention militaire, la France a dépensé plus de 100 millions d’euros pour financer le conflit, selon les chiffres cités par le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

Le déploiement de la force de maintien de la paix de l’ONU se fera seulement lorsque toutes les conditions politiques et de sécurité seront réunies au Mali. D’où la réunion de ce mercredi au Conseil de Sécurité des Nations unies.

source Afrik.net