Franc-maçonnerie : l’Afrique bien logée

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Rares sont ceux qui avouent leur appartenance. Pourtant, avec ses rites et son goût du secret, la franc-maçonnerie fascine et fait chaque jour de nouveaux adeptes. Et sur le continent, dans les cercles du pouvoir, beaucoup en font partie.

À Libreville, on l’a surnommé « Papa Roméo ». On a remarqué qu’il avait préféré se faire discret et ne pas se montrer au grand raout annuel des francs-maçons (les Rencontres humanistes fraternelles africaines et malgaches, Rehfram), qui s’est tenu les 9 et 10 mars dans la capitale gabonaise. On sait aussi qu’il avait peu apprécié de voir diffusées, il y a deux ans, les images de son intronisation. Lui, c’est Ali Bongo Ondimba, grand maître de la Grande Loge du Gabon et président de la République (le PR à l’origine du nom de code « Papa Roméo »).

Le chef n’était pas là, mais ses « frères » et « soeurs » avaient fait le déplacement jusqu’au Palais des conférences de la Cité de la démocratie, à Libreville. Deux jours durant, ils ont planché sur un thème, aux allures de mantra : « Si nous persévérons sur le chemin de la vertu, la vie devient calme et paisible ». Un exercice purificatoire ? Peut-être. Les francs-maçons sont accusés d’avoir perdu les valeurs de justice, de liberté et de tolérance qu’ils étaient censés défendre. « En France, ils peuvent se prévaloir d’avoir mené certains combats pour la laïcité ou l’abolition de la peine de mort, explique un leader de la société civile gabonaise. Chez nous, ils sont arrivistes et carriéristes. Ils viennent aux tenues blanches dans l’espoir de rencontrer un ministre ou de faire une affaire. »

Mafia

L’imaginaire populaire va plus loin encore, faisant de la franc-maçonnerie une société mystérieuse et redoutable, où les rites ont des parfums de messe noire, et que les profanes qualifient parfois de « mafia » ou même de « synagogue de Satan ». « Personne ne parle de nos oeuvres de bienfaisance et de nos actions sociales, déplore un frère gabonais. Notre image est détruite. On va jusqu’à nous accuser de crimes liés aux rituels et de trafics d’organes humains. »

En Côte d’Ivoire, plusieurs membres influents du gouvernement ont été initiés.

Importée en Afrique dans les cantines des administrateurs coloniaux, la franc-maçonnerie enregistre pourtant chaque jour de nouvelles recrues dans les rangs du monde politique, économique et militaire… En Côte d’Ivoire, les vocations sont nombreuses. Si le président Ouattara n’est pas connu officiellement pour être un frère triponctué, son Premier ministre, Jeannot Ahoussou-Kouadio, et son ministre de l’Intérieur, Hamed Bakayoko, le sont. Près de la moitié du gouvernement actuel fréquenterait les temples. La Grand Loge de Côte d’Ivoire (GLCI), installée dans le quartier de Marcory-Zone-4, à Abidjan, est pilotée par le grand maître Magloire Clotaire Coffie. Elle aurait récemment accueilli le procureur de la République, Simplice Koffi Kouadio. D’autres personnalités, comme Georges Ouegnin, ancien directeur de protocole d’État, et Laurent Ottro Zirignon, oncle de l’ancien président Gbagbo, « manient la truelle ».

Élite

Chez les voisins maliens et guinéens, on observe le même phénomène d’expansion. Amadou Toumani Touré, renversé le 21 mars, et Alpha Condé veillent aux destinées respectivement de la Grande Loge du Mali et de celle de Guinée. Quant à Blaise Compaoré, il était – jusqu’à ce qu’il cède la place à Djibrill Bassolé, son chef de la diplomatie – grand maître de la Grande Loge du Burkina, qui compte dans ses rangs de nombreux ministres, diplomates et hommes d’affaires, notamment une partie de la direction de la chambre de commerce nationale. Plus au sud, le Béninois Thomas Boni Yayi, évangéliste patenté, a toujours contesté son appartenance à la franc-maçonnerie mais cultive d’étroites relations dans le milieu. Le Togolais Faure Gnassingbé entretient le doute, et fait sourire certains frères : « Ce jeune président a vite compris le moyen de contrôler son élite », remarquent-ils.

Seul le Sénégal, berceau de la franc-maçonnerie africaine au XIXe siècle, semble connaître un léger recul. Pourquoi ? Les confréries y tiennent une place plus importante, au point que l’appartenance à telle ou telle loge a été utilisée comme une arme de dénigrement au cours de la campagne présidentielle. Le camp d’Abdoulaye Wade, le chef de l’État sortant, a accusé Macky Sall d’« en être » (information démentie par l’intéressé), oubliant au passage que « Gorgui » avait lui-même été initié. Avant lui, l’ancien président Abdou Diouf était réputé très proche de la maçonnerie.

Cooptation

Combien sont-ils ? Difficile à dire avec exactitude. « On compte entre 25 000 et 30 000 francs-maçons en Afrique francophone, dont 15 % de femmes, estime Hervé-Emmanuel Nkom, initié au Grand Orient. Nos soeurs sont bien implantées en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Gabon et à Madagascar. » Elles sont avocates, médecins, pharmaciennes, journalistes… Sur le plan de l’africanisation de la maçonnerie, la Grande Île est très avancée avec une dizaine d’obédiences, dont le Grand Rite malgache (GRM), la Grande Loge traditionnelle et symbolique de Madagascar (GLTSM) ou le Grand Rite malgache féminin (GRMF). L’homme d’affaires Andry Rabefarihy et l’ancien directeur général de l’Institut malgache d’innovation Martial Rahariaka ne font pas mystère de leur appartenance.

Frère célèbre, le Gabonais Omar Bongo Ondimba pensait que « l’engagement à l’Art royal exig[eait] des frères et soeurs qu’ils s’impliquent de plus en plus dans les choses de la cité ». Les francs-maçons régnaient alors à tous les échelons du pouvoir à Libreville, même si le chef permettait à des non-initiés d’accéder à des postes à responsabilités. Bongo père avait même réussi le pari d’unifier la maçonnerie gabonaise masculine en créant, en 1978, le Grand Rite équatorial, reconnu par le Grand Orient de France (GODF) et par la Grande Loge de France (GLDF).

En 2010, Ali Bongo Ondimba n’avait pas aimé de voir diffusées les images de son intronisation.

Le Congolais Denis Sassou Nguesso perpétue aujourd’hui cette politique : il a initié le Centrafricain François Bozizé et se pose en doyen des grands maîtres des loges de l’Afrique francophone. Le président Idriss Déby Itno est le très discret grand maître de la Grande Loge du Tchad. Son homologue camerounais, Paul Biya, qui a souvent été présenté comme un rosicrucien (c’est-à-dire comme un membre de l’ordre de la Rose-Croix, société ésotérique), aurait autrefois été initié à la franc-maçonnerie mais serait en sommeil depuis longtemps. La Grande Loge unie du Cameroun (Gluc), pilotée par le grand maître Denis Bouallo, a son site internet, interface pour la cooptation de nouveaux membres.

Depuis plus de vingt ans, la Grande Loge nationale française (GLNF) mène une large offensive afin de s’implanter dans les cercles du pouvoir africain où ministres et chefs d’État ont déjà été initiés. L’ex-grand maître Jean-Charles Foellner, très souvent en mission en Afrique, et son successeur, l’avocat d’affaires niçois proche de Nicolas Sarkozy, François Stifani, ont été les principaux artisans de cette conquête. Initié dans une loge au Sénégal, c’est devant Foellner que Denis Sassou Nguesso a prêté serment comme grand maître de la Grande Loge du Congo en novembre 2007. Parmi les personnalités présentes, le neveu du président congolais et patron du Conseil national de sécurité (CNS), l’influent Jean-Dominique Okemba. Trois mois plus tard, le Congo accueillait à Pointe-Noire la seizième édition des Rehfram. Représenté par Émile Ouosso, déjà ministre de l’Équipement et des Travaux publics, le président congolais donnait sa vision du franc-maçon : « Un être de progrès qui avance, un être de dépassement, capable de s’affranchir des exigences du milieu, un être de perspectives dont les anticipations peuvent et doivent aller au-delà de la contrainte de sélection. » Aujourd’hui, une bonne partie du gouvernement et de l’appareil sécuritaire du pays est franc-maçon. Et l’opposant Guy-Romain Kinfoussia est le grand maître du Grand Orient du Congo – ce qui n’est pas sans rappeler la guerre qui avait opposé, à la fin des années 1990, Sassou Nguesso et Pascal Lissouba, initié au Grand Orient de Besançon.

Sous Ali Bongo Ondimba, le système maçonnique a été reconduit à Libreville. L’émission Infrarouge diffusée en décembre 2010 sur France 2 a dévoilé les dessous de son intronisation, le fils reprenant le maillet de son père pour officier au grade de grand maître de la Grande Loge du Gabon. Ce 31 octobre 2009, on reconnaît sur la vidéo l’ex-ministre des Affaires étrangères Paul Toungui, son collègue de l’Éducation nationale Séraphin Moundounga, le doyen du Sénat Marcel Sandoungout, le patron du Conseil national de sécurité Léon Paul Ngoulakia, des généraux de l’armée et même plusieurs cadres de l’opposition.

Le chef de l’État gabonais souhaite aujourd’hui placer Jean-Baptiste Bikalou, patron de la Chambre de commerce et d’industrie du Gabon, à la tête de la Grande Loge symbolique du Gabon (GLSG, proche du Grand Orient de France). C’est du moins ce qu’affirme un proche de l’actuel grand maître, Antoine Embinga, par ailleurs débarqué de son poste de commandant en chef de la police en janvier dernier. La cousine germaine du chef de l’État, Nicole Assélé, est, quant à elle, vénérable à la Grande Loge féminine du Gabon. Et Ali Bongo Ondimba n’a plus rien à craindre de l’ex-ministre de l’Intérieur et opposant « éclairé » André Mba Obame, qui s’est mis en sommeil et exilé à Paris.

Lobbying

Pour beaucoup, ce système de gouvernance par cooptation trouve son fondement dans la Françafrique. De Jacques Foccart, le « Monsieur Afrique » de De Gaulle, à Nicolas Sarkozy, en passant par François Mitterrand, la franc-maçonnerie a souvent servi de réseau d’information et de lobbying dans les plus hautes sphères du pouvoir économique et politique. Nombre de ministres de la Coopération (dont Christian Nucci et Jacques Godfrain), des responsables des services de renseignements (comme Marcel Leroy ou Alain Juillet) ou des responsables de l’Agence française de développement (AFD) sont ou ont été francs-maçons.

Des réseaux qui peuvent aussi s’affronter au gré des intérêts politiques ou économiques ou des alternances au pouvoir. Ce qui explique que les querelles soient fréquentes à la tête des loges. Aujourd’hui, de grandes figures comme Denis Sassou Nguesso et Djibrill Bassolé, patron de la Grande Loge du Burkina, sont souvent appelées pour ramener le calme, comme dans le conflit qui a opposé l’avocat Louis Mbanewar Bataka, ancien grand maître de la Grande Loge nationale du Togo (GLNT) peu désireux de passer la main, à Roggy Kossi Paass, l’ex-directeur général chargé du Togo à la Banque internationale pour l’Afrique de l’Ouest (BIAO), qui lui a finalement succédé.

Une certitude : la fascination des dirigeants pour la franc-maçonnerie ne se dément pas. « Mais ce n’est pas un mal africain, plaisante un frère. Dans les années 1970, en France, Giscard d’Estaing voulait lui aussi entrer à la Grande Loge de France (GLDF). Mais il ne souhaitait pas faire son apprentissage : il voulait gravir rapidement tous les échelons. » Du coup, l’affaire a tourné court, et Giscard est resté profane.

source Jeune Afrique

Pascal Airault, envoyé spécial à Libreville.

Mali: Une armée toujours minée par la division

L'entrée du camp de parachutistes de Djicoroni, à Bamako.

L’entrée du camp de parachutistes de Djicoroni, à Bamako. © Habibou Kouyaté/AFP
Des affrontements ont lieu ce vendredi 8 février aux alentours du camp du Régiment des commandos parachutistes (RCP) de Djicoroni, à Bamako. Le quartier général des « Bérets rouges », fidèles à l’ex-président Amadou Toumani Touré, est assiégé par différents corps des forces de sécurité. On compte plusieurs blessés.

 

Les divisions de l’armée malienne resurgissent au plus mauvais moment. Selon plusieurs sources présentes sur place, le camp des commandos parachutistes (les « Bérets rouges ») de Djicoroni, à Bamako, est assiégé par différents corps des forces de sécurité. Les premières informations font état de tirs à l’arme légère et de la présence de blindés légers de type BRDM. « Depuis 06H00 (locales et GMT), des militaires lourdement armés, tous corps confondus, ont attaqué le camp. En ce moment même, ils sont en train de tirer sur nos femmes et nos enfants », a déclaré à l’AFP Yaya Bouaré, un Béret rouge se trouvant dans le camp attaqué.

Il y a plusieurs blessés dans le camp, a-t-il ajouté. Ses propos ont été confirmés par des habitants et des journalistes indépendants sur place. On ne sait pas encore comment les troubles ont débuté, mais un témoin a affirmé que des coups de feu en l’air avaient été tirés par les Bérets rouges eux-mêmes dans la nuit de jeudi à vendredi, et que leurs femmes s’étaient massées à la porte d’entrée du camp. « Le chef d’état-major a pris des mesures disciplinaires contre quelques parachutistes, et certains d’entre eux qui n’étaient pas d’accord se sont réveillés ce matin et ont commencé à tirer en l’air », a affirmé à l’agence Reuters le ministre malien de la Défense, le colonel-major Yamoussa Camara.

Réaffectations

Selon le soldat Bouaré, l’attaque du camp militaire est liée à la déclaration à la télévision nationale du chef d’état-major des armées, le général Tahirou Dembélé, en début de semaine. Celui-ci a fait part de sa volonté d’envoyer au front  les Bérets rouges pour combattre aux côtés des soldats français les groupes islamistes armés. « Comme on a le problème du Nord sur les bras, vous allez combattre auprès de vos autres frères d’armes, avait-il déclaré à la télévision, à l’issue d’une rencontre avec le commandement des Bérets rouges. Après cet entretien on a pris toutes les dispositions pour les affecter dans leur régiment », avait-il ajouté.

Mais le général Dembélé avait déclaré avoir décidé de réaffecter les membres des Bérets rouges – régiment officiellement dissous – dans d’autres unités. Et c’est sans doute aussi sur ce dernier point que  les esprits se sont échauffés. « Tout le monde n’a pas rejoint son unité d’affectation (…) il y en a 417 qui ont rejoint leur unité d’affectation. Mais il y a une partie à Bamako qui refuse d’obéir à leurs autorités. Ils ont pris l’habitude de se réunir au camp. On a donc pris la décision de dégager les éléments qui vont se rassembler », avait ajouté le général.

Les Bérets rouges sont composés de paras et de membres de l’ex-Garde présidentielle de Amadou Toumani Touré (ATT, renversé le 22 mars). Ce n’est pas la première fois que le camp de Djicoroni est pris pour cible. Le 1er mai 2012, en représailles au contre-coup d’État manqué du 30 avril, mené par l’ancien chef des Bérets rouges, Abidine Guindo, le camp avait été mis à sac par les soldats du capitaine Amadou Sanogo, responsable du coup d’État contre ATT.

Libération

À la suite de cette attaque ratée contre l’aéroport, le siège de la télévision nationale malienne et le QG de la junte (le camp militaire de Kati) – assaut qui aurait fait plusieurs dizaines de morts -, le 33e Régiment des commandos parachutistes avait été dissous et restait, depuis, cantonné à Djicoroni.

Une trentaine de militaires avait également été arrêtés. Certains d’entre eux ont été libérés le 30 janvier. À leur sortie de prison, ces soldats avaient accusé le commandement de l’armée de les empêcher de rejoindre le front. Le chef d’État-major de l’armée malienne, le général Dahirou Dembélé, leur avait répondu dans une intervention à l’ORTM : « il faut inviter tous ces éléments à rentrer dans le rang. »

Hormis les 417 Bérets rouges affectés en dehors de Bamako, environ 800 se trouvent toujours dans la capitale malienne, mais le gros de leur armement leur a été confisqué, indique-t-on de source militaire.

source (AFP)

Côte d’Ivoire-Ghana-Sécurité Pro-Gbagbo : Le Commandant Jean-Noël Abehi et Jean Yves Dibopieu arrêtés au Ghana et extradés à Abidjan

Abéhi et Dibopieu

Abéhi et Dibopieu

APA-Abidjan (Côte d’Ivoire)

Le commandant Jean-Noël Abéhi, ex patron de l’escadron Blindé d’Agban, le plus grand camp de gendarmerie de la Côte d’Ivoire, situé à Abidjan et Jean Yves Dibopieu, ex secrétaire général de la fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI), ont été arrêtés au Ghana et extradés mardi matin vers Abidjan, a appris APA de source policière.
Selon cette source basée à la frontière ivoiro-ghanéenne de Noé, ‘’c’est hier qu’ils ont été arrêtés par l’équivalent de la direction de la surveillance du territoire (DST) du Ghana ».‘’Ils sont arrivés ce matin vers 5h00 GMT à la frontière, menottés », ajoute la même source précisant que le ‘’commandant Jean-Noël Abéhi et Jean Yves Dipopieu ont été remis au commissaire principal, Kouyaté Youssoussf, directeur des unités d’intervention », chargé de les conduire à Abidjan.Le Commandant Abéhi, l’un des piliers de l’appareil sécuritaire du régime de Laurent Gbagbo est présenté comme ‘’une menace constante » pour la sureté nationale de la Côte d’Ivoire.Ces arrestations font suite à celle de Charles Blé Goudé, ex ministre de la jeunesse de Laurent Gbagbo intervenue le 17 janvier à Téma au Ghana et extradé le lendemain à Abidjan.M. Blé Goudé, surnommé le ‘’général de la rue », inculpé notamment de ‘’crime de guerre » et placé en résidence ‘’protégée », a été déjà entendu deux fois par le juge d’instruction
source (APA)

Chronique satirique : Les carottes cuites d’Iyad Ag Ghali

Le bandit armé qui se croyait en mission divine voit désormais ses carottes cuites. Lui qui régnait sur les deux tiers d’un pays ne se sent même pluys en sécurité dans un trou à rat. Le sort est bien cruel…

Le chef rebelle d’Ansar Dine, Iyad Ag Ghali, passe en ce moment un sale quart d’heure. Quand on connaît à peine une sourate du Coran et qu’on s’autoproclame prophète, on finit toujours par récolter de lourdes tuiles sur le crâne.Surtout si le prétendu prophète prétend islamiser des musulmans, c’est-à-dire réinventer la roue.

Iyad, jusqu’à ce qu’il s’empare du nord-Mali, n’a jamais craché ni sur une belle cuisse (hum !), ni sur une bonne bouteille de vin (hé, hé!) ni, encore moins, sur l’argent des rançons d’otages. Lève-tard chronique, il ne faisait jamais la prière de l’aube. Il a poussé la foi et la piété jusqu’à ravir l’épouse légitime du colonel-major El-Hadj Gamou, son frère en islam (excusez du peu). Comme, malgré ces joyeusetés, la terre ne s’est point dérobée sous ses pieds, le bonhomme a fini par croire qu’Allah lui pardonne tout et qu’il pouvait installer tranquillement un émirat islamiste (je ne dis pas islamique) sur la bonne vieille terre musulmane du Mali. En fait d’émirat islamiste, d’ailleurs, Iyad n’a que trois outils de gouvernement: le sabre, le bâton et la pierre. Le sabre pour amputer mains et pieds à ses sujets voleurs; le bâton pour administrer une fessée aux fumeurs et amateurs de musique; la pierre pour lapider les couples adultérins. Le plus drôle, c’est qu’en 9 mois de règne au nord, l’émir ismamiste local n’a pas daigné construire une seule mosquée alors que les fonds ne lui manquaient point: l’argent de la cocaïne, des rançons et des banques maliennes pillées suffisait largement à payer du ciment; quant au sable, c’est bien évidemment gratuit au nord. Au lieu de construire des mosquées, le compère s’est plutôt attaché à démolir les mausolées et autres vieilles mosquées de Tombouctou. Il a même saccagé le Centre Ahmed Baba, oubliant qu’Ahmed Baba était déjà un érudit en islam avant qu’on ne parle, sur la terre, de talibans, de Mollah Oumar, de Ben Laden et d’autres  bandits du genre. On aurait pu croire qu’avec un butin colossal comme les deux tiers du territoire malien, Iyad s’estimerait satisfait et s’attelerait à fonder les institutions de son émirat. Mais voilà: il voulait autre chose. Il rêvait de mettre la main sur les femmes, les boeufs et les voitures du sud. Il avait entendu dire, par exemple, qu’à Koulouba et Kati, circulaient des millions de dollars et que dans la ville de Bamako, il y avait 6000 otages français à ramasser. Au tarif usuel de 5 millions de dollars l’unité, les 6000 otages auraient rapporté à l’émir 30 milliards de dollars, chiffre inconvertible en CFA  puisque cela tournerait autour de 15 000 milliards ! Avec une telle moisson de billets, Iyad n’aurait pas eu besoin de conquérir la Guinée voisine par la force: vu que le franc guinéen ne vaut que le tiers du FCFA, l’émir pouvait tout bonnement acheter ce territoire pauvre et non électrifié. Quant au Sénégal, à la Mauritanie et à la Côte d’Ivoire, deux colonnes de BRDM conduits par Abou Zéyd et Belmokhtar les auraient occupés sans peine. Enfin, Iyad aurait pu négocier avec Paris le sort du Niger en mettant le marché suivant dans les mains de François Hollande: « Prenez l’uranium d’Imouraren et d’Arlit et foutez la paix à mon émirat ! »

Voilà ce dont Iyad rêvait nuit et jour. Il n’a jamais douté d’arriver à ses fins. Il savait, en effet, que la CEDEAO n’a jamais eu de « force en attente » et qu’elle n’a même pas les moyens de payer le voyage de 20 ânes au Mali. Quant à la France, avec la fermeture de ses usines, ses banques sinistrées et ses finances en chute libre, elle ne prendrait pas le risque de se jeter dans une nouvelle guerre après les sanglantes avanies subies en Afghanistan.

Tout emporté par ses élans de conquête, notre ami Iyad avait oublié que les malédictions des saints dont il a détruit les tombes ne pardonnaient pas. N’ayant lu du Coran que la couverture, il ne savait pas que  Dieu répondait sans délai à la plainte des personnes opprimées comme ces pauvres femmes violées ou mariées de force aux combattants d’Ansar Dine. Il oubliait enfin que Dioncounda Traoré, l’homme qui dirige le Mali, a une baraka hors du commun. Eh oui, il faut beaucoup de baraka pour ôter le pouvoir des mains de ceux qui ont renversé le « Vieux Commando » puis sortir vivant de la franche bastonnade administrée par une foule en folie et revenir siéger à Koulouba! Il faut enfin de la baraka pour obtenir, sur un simple fax, le débarquement d’une armada française de 4.500 soldats et de 50 avions de guerre, le tout pour un coût de 600 millions de FCFA par jour!

Un stratège qui oublie tant de choses ne peut réussir. C’est pourquoi Iyad a subi la raclée de sa vie. Nous avions écrit dans ces colonnes, au conditionnel, que sa cécité stratégique et politique lui avait valu d’être liquidé par ses propres lieutenants. Nous apprenons qu’en réalité, c’est son fils qui a perdu la vie lors de la bataille de Konna. Son fils, mais aussi une longue brochette de chefs terroristes dont la seule vue suffisait à mettre la brave armée malienne en déroute. Quant à Iyad, s’il n’est peut-être pas physiquement liquidé, il l’est en tout cas politiquement puisque certains de ses proches ont fait dissidence, créé le MIA et demandent à négocier avec le Mali. Au temps de son apogée, l’émir Iyad aimait marteler que la charia ne se négociait pas, n’est-ce pas ? On détient maintenant la preuve que même dans l’Azawad, une langue conserve toute sa souplesse!

Dernière minute :

L’épouse d’Iyad Ag Ghali arrêtée par les forces algériennes

L’épouse d’Iyad Ag Ghali, le chef d’Ansar Dine, a été arrêtée en fin de semaine dernière à la frontière de l’Algérie alors qu’elle tentait d’entrer dans ce pays sous une fausse identité. Elle est gardée, depuis, en lieu sûr. C’est cette dame qui avait été enlevée  par Iyad au colonel El-Hadj Gamou, lequel avait eu d’elle un garçon.

Il faut rappeler que le bunker qu’Iyad avait fait édifier à Kidal, sa ville natale, a fait l’objet de bombardement français il y a quelques jours.

L’Algérie, à qui Iyad avait promis de ne jamais s’attaquer au sud du Mali et de privilégier une solution négociée avec le Mali, ne lui pardonne pas d’avoir rompu le pacte, plongeant la sous-région et la France dans la guerre.

 Tiékorobani

source maliweb.net