Afrique du Sud:Zuma pourrait être chassé du pouvoir

Un super bantoustan», l’un de ces pseudo-Etats indépendants créés de toutes pièces par l’apartheid, des réserves de main d’oeuvre confiées à des dirigeants noirs aux ordres du régime raciste, et qui ne pensaient qu’à se remplir les poches. Voilà ce qu’est devenue l’Afrique du Sud sous Jacob Zuma, accuse le politologue William Gumede dans son dernier ouvrage – Restless Nation: Making Sense of Troubled Times (Tafelberg, Le Cap).
Le premier mandat de l’actuel président, commencé en mai 2009, ne se terminera qu’en 2014. Mais le bilan paraît sans appel: plus de corruption, une «culture bling-bling qui a infecté la politique comme le monde des affaires», sans oublier une certaine «banqueroute morale» et un «manque cruel de leadership», comme l’auteur l’explique dans cet entretien.

William Gumede, ancien rédacteur en chef adjoint du quotidien noir The Sowetan, professeur associé des universités de Londres et de Johannesburg (Wits), avait jeté un pavé dans la mare en 2005 avec son premier ouvrage, Thabo Mbeki and the battle for the soul of the ANC. Il avait mis sur la place publique les débats internes à l’ANC, un ancien mouvement de libération nationale marqué par sa culture de clandestinité sous l’apartheid et peu ouvert sur l’extérieur, même dans une «nouvelle» Afrique du Sud démocratique. Du coup, ce livre avait été un best-seller en Afrique du Sud. Un succès qui avait valu à son auteur d’être inscrit sur la liste noire des personnes à ne pas inviter, dans les grands médias publics sud-africains.
Auteur depuis de deux essais, Poverty of Ideas (avec Leslie Dikeni) et The Democracy Gap: Africa’s Wasted Years, William Gumede revient à la charge, à quelques mois du prochain congrès quinquennal du parti au pouvoir, prévu pour décembre à Mangaung (le nouveau nom de la ville de Bloemfontein).

Il prédit des moments difficiles pour Jacob Zuma, si bien contesté dans son propre parti qu’il pourrait être chassé du pouvoir comme l’a été Thabo Mbeki, son ancien rival, en 2008. Seulement trois provinces, dans les instances de l’ANC, soutiennent encore Zuma: son fief, le Kwazulu Natal, le Free State et le Mpumalanga. Selon William Gumede, la meilleure solution pour le président serait de passer un accord avec Cyril Ramaphosa, pour en faire son prochain vice-président et son successeur officiel. Une position qu’occupe pour l’instant Kgalema Motlanthe, un homme dévoué à l’unité de l’ANC mais qui «n’a pas de vision», selon le politologue.

Cyril Ramaphosa, favori de Nelson Mandela parmi ses successeurs potentiels, avait été doublé dès la fin de l’apartheid par Thabo Mbeki, un maître de l’intrigue politique, ancien exilé coupé de la base mais qui s’était rallié la Ligue des femmes et la Ligue des jeunes de l’ANC. Ramaphosa, un leader resté à l’intérieur du pays, aux avant-postes de la lutte contre l’apartheid à la tête du Syndicat national des mineurs (Num), avait renoncé dès 1994 à une carrière politique. Il était devenu un capitaine d’industrie et le premier milliardaire noir en Afrique du Sud. Ces dernières années, il n’est sorti de son mutisme que pour démentir toute ambition politique. Il n’en reste pas moins relativement jeune, 60 ans, et l’un des membres les plus populaires du Comité national exécutif de l’ANC – l’organe de décision dans un parti où le leadership demeure collectif.

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