Exilés Pro-Gbagbo au Ghana/La fin de l’impunité?

Le Ghana serait-il sur le point d’emboîter enfin le pas au Togo et au Liberia ? L’interpellation par les autorités ghanéennes de Justin Koné Katinan, porte-parole de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, a en tout cas de quoi redonner espoir. En arrêtant un des piliers de l’ancien régime ivoirien, le pouvoir d’Accra lâche enfin du lest. Contrairement aux gouvernements de Lomé et de Monrovia qui ont déjà respectivement extradé Moïse Lida Kouassi, ex-ministre de la Défense ivoirien, et plus de 41 miliciens ivoiriens, l’exécutif de l’ancienne Gold Coast a toujours été réticent à toute requête d’Abidjan d’extrader les réfugiés politiques ivoiriens sous mandat d’arrêt. Les dirigeants togolais et libériens n’ont probablement pas manqué de raisons évidentes et irréfutables pour livrer leurs colis encombrants. En rompant, selon les autorités togolaises, « les règles de ses conditions d’accueil en se livrant à des activités subversives à partir du Togo », l’ancien ministre ivoirien a désobéi au devoir de réserve auquel doit s’astreindre tout réfugié politique. Les ex-combattants, eux, sont également soupçonnés d’avoir commis des crimes dans l’ouest ivoirien pendant la crise post-électorale ivoirienne. Il y a des troubles qui sont survenus en Côte d’Ivoire et dont la paternité de l’instigation a également été attribuée à des pro-Gbagbo réfugiés au Ghana. Des sorties jugées pas très opportunes depuis la fin de la guerre post-électorale en Côte d’Ivoire portent en outre leur griffe. Autant de faits déplorables qui n’avaient pourtant jusque-là pas suffi à décider la partie ghanéenne à faire preuve d’une volonté manifeste d’aider les nouvelles autorités ivoiriennes à réunir les conditions nécessaires à la stabilisation de leur pays. Car, il n’y aura ni pacification ni sécurisation du territoire ivoirien tant que des contempteurs du régime en place trouvent chez le pays voisin une base propice à partir de laquelle ils peuvent ourdir toutes sortes de complots. Les dirigeants ghanéens commencent visiblement à en avoir assez de l’embarras dans lequel les mettent leurs hôtes du Front populaire ivoirien (FPI) en s’illustrant par des gesticulations et une indiscipline très gênantes. Les récentes déclarations du bras droit du prédécesseur du président ivoirien Alassane  Ouattara  ont sans doute constitué la goutte d’eau de trop qui a fait déborder le vase de la patience des autorités ghanéennes. En acceptant enfin de mettre un des caciques du régime déchu sous les verrous, Accra semble décidé à hausser le ton et à taper du poing sur la table pour ramener l’ordre parmi ses protégés politiques. Peut-être le nouvel homme fort d’Abidjan a-t-il saisi l’opportunité de son déplacement d’Accra lors des funérailles du président John Atta-Mills pour tenter une fois de plus de convaincre son pair ghanéen de la nécessité de contribuer à ce que les réfugiés suspectés puissent répondre de leurs actes devant la Justice de leur pays. En la matière, aucune occasion n’est à négliger, et l’insistance d’ADO a peut-être commencé à porter fruit. Ce serait alors de bonne guerre, surtout quand on sait qu’une personnalité de la trempe de Katinan peut être d’une très grande utilité au pouvoir judiciaire de son pays s’il acceptait de collaborer avec lui. L’intéressé qui n’en sait que trop sur le conflit ivoirien a du reste donné suffisamment de raisons à ses hôtes ghanéens pour que ces derniers soient convaincus de la nécessité de l’arrêter. N’a-t-il pas exprimé son envie de faire entendre sa voix et celle de son mentor Gbagbo ? Que le gouvernement ghanéen lui accorde donc cette faveur en agréant la requête de son homologue ivoirien qui y a déjà dépêché une équipe du parquet d’Abidjan. Ces émissaires sont allés demander le transfèrement de celui qui est accusé d’être derrière les nombreuses attaques qui ont endeuillé des sites militaires ces dernières semaines. Si Justin Koné Katinan venait à être extradé, la Justice ivoirienne aurait pris dans son filet un gros poisson, car en plus d’être soupçonné par les autorités ivoiriennes d’avoir financé un coup d’Etat avorté en juin dernier, le politicien en fuite est également visé par un mandat d’arrêt international pour crimes économiques. Le nombre important et la lourdeur des charges qui pèsent sur son prisonnier ivoirien amènent sans doute la Justice ghanéenne à réfléchir par quatre fois avant de le livrer aux Ivoiriens. Toutefois, les autorités ghanéennes doivent travailler à plus de coopération avec leurs homologues ivoiriennes dont le pays traverse actuellement une mauvaise passe. Car, et on peut le rappeler aux dirigeants ghanéens, aucun pays n’est à l’abri de crises comme celle d’où s’échinent à sortir leurs voisins ivoiriens. Vivement donc que le transfèrement aboutisse et marque ainsi le début d’une franche et fructueuse collaboration entre les deux pays. Il pourra ainsi être suivi de bien d’autres, le gouvernement ghanéen restant cependant libre de requérir de son homologue ivoirien un engagement officiel à traiter les extradés avec dignité et dans le strict respect de leurs droits. L’étau se resserrerait alors autour des pro-Gbagbo en cavale. Il est temps de mettre fin à l’impunité dont jouissent ceux qui ont fui et qui sont coupables de manquements graves à la loi.

lebanco.net

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s