Politique:Koné Katinan arrêté au Ghana

        Justin Koné Katinan, porte-parole en exil de l`ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, visé par un mandat d`arrêt international émis par Abidjan, a été arrêté au Ghana et restait samedi dans l`attente d`une décision ghanéenne sur son éventuelle extradition.

Son arrestation est survenue en plein regain de tension en Côte d`Ivoire, marqué par une vague d`attaques meurtrières contre les Forces républicaines (FRCI), l`armée ivoirienne.

Les FRCI ont subi samedi un nouvel assaut, à un poste de contrôle près de Grand-Lahou (140 km à l`ouest d`Abidjan, sud), perdant un de leurs hommes tandis que « cinq assaillants » ont été tués, selon une source militaire. Une source locale a fait état de quatre morts du côté des inconnus armés.

Justin Koné Katinan « a été arrêté hier (vendredi) à Accra par la police ghanéenne en provenance de Johannesburg », a déclaré à l`AFP un membre de sa famille joint depuis Abidjan à Accra.

Une délégation ivoirienne, comprenant la juge en charge du dossier, est partie samedi matin le chercher au Ghana.

Mais son rapatriement attendu dans la journée n`a pas eu lieu. Les choses se sont en effet compliquées à Accra, où des pro-Gbagbo en exil ont sollicité Jerry Rawlings, ex-président ghanéen toujours puissant et considéré comme un allié de Laurent Gbagbo, selon des sources concordantes.

M. Katinan a dit à sa femme au téléphone « qu`il n`est pas question de l`extrader », a assuré le membre de sa famille contacté à Accra, selon lequel « son statut de réfugié politique vient d`être renouvelé ». « Il a dit être en garde-à-vue » et a affiché sa « sérénité », confiant dans une « libération imminente », a précisé ce proche.

Une source judiciaire ivoirienne a affirmé de son côté que la justice ghanéenne devrait décider seulement en début de semaine prochaine d`une éventuelle extradition du porte-parole de M. Gbagbo.

La police ghanéenne n`a pas confirmé l`arrestation. « Je ne suis pas au courant de cette information », a dit à l`AFP Prosper Agblor, responsable du Département des investigations criminelles.

Visé par un mandat d`arrêt pour « crimes économiques », M. Katinan a été ministre du Budget de M. Gbagbo durant la crise postélectorale (décembre 2010-avril 2011) qui a fait quelque 3.000 morts et s`est conclue après deux semaines de guerre par la chute de son mentor, qui refusait de reconnaître sa défaite à l`élection de novembre 2010.

Adversaire virulent du nouveau pouvoir, Justin Koné Katinan était en exil et basé au Ghana depuis la fin de la crise. M. Gbagbo a été arrêté le 11 avril 2011 et est détenu depuis fin 2011 à La Haye par la Cour pénale internationale (CPI), qui le soupçonne de crimes contre l`humanité.

Changement de pouvoir à Accra

Jusque-là, un seul mandat d`arrêt international émis par la justice ivoirienne contre des exilés du camp Gbagbo a été exécuté: l`ancien ministre de la Défense Moïse Lida Kouassi avait été arrêté au Togo le 6 juin et extradé en Côte d`Ivoire.

Après les attaques meurtrières contre l`armée qui se sont succédé depuis début août, le gouvernement du président Alassane Ouattara a accusé des miliciens et militaires pro-Gbagbo qui bénéficieraient du soutien d`exilés au Ghana, ce que le parti de Laurent Gbagbo, le Front populaire ivoirien (FPI), a récusé.

De nombreux responsables politiques et militaires de l`ex-régime ont trouvé refuge au Ghana.

Le pouvoir ivoirien a demandé jusque-là en vain l`exécution des mandats d`arrêt visant certains d`entre eux, mais a repris espoir avec l`arrivée du nouveau président ghanéen John Dramani Mahama, installé après le décès le 24 juillet de son prédécesseur John Atta Mills.

A la suite de la crise post-électorale, une vingtaine de personnalités du régime déchu restent inculpées et incarcérées en Côte d`Ivoire pour génocide, crimes de sang, atteinte à la sûreté de l`Etat ou crimes économiques.

Alors que les forces pro-Ouattara sont aussi accusées de crimes durant la crise, y compris par une commission d`enquête ivoirienne qui leur a imputé plus de 700 morts, aucune figure du camp présidentiel n`a encore été inquiétée, alimentant des accusations récurrentes de « justice des vainqueurs ».

(AFP)

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