Hissène Habré,l’Afrique et le défi de la justice internationale

La création au Sénégal d’une juridiction spéciale pour connaître des crimes de Hissène Habré au Tchad, rouvre le délicat et houleux débat sur les rapports entre l’Afrique et lajustice pénale internationale. Les thèses en présence sont connues et valent les uns et les autres, leur pesant d’or ou d’arguties. Pour les uns, l’Afrique ou tout au moins les dirigeants africains transférés vers la Haye ou siège la CPI, sont les victimes résignées ou désignées d’une grossière manipulation. Il s’agirait d’une « justice » à double si ce n’est a mille vitesses mettant d’un côté les pauvres africaines, infantilisés, victimisés et enfin accusés de tous les maux de la terre mais, en réalité, pas plus coupables et de l’autre d’éternels intouchables. Pendant ce temps, les responsables et les membres d’organisations des Droits de l’Homme acculent les potentats locaux et les renvoient à leurs pratiques barbares et cruelles en matière de l’hommes.

Voilà donc, bien tranchées les deux positions en présence. L’affaire Hissène Habré, du nom de l’ancien Président tchadien présumé coupable de la mort de milliers de ses compatriotes, n’échappe pas à ce schéma pour ne pas dire à ce manichéisme. Si les débats au niveau de l’union Africaine, UA, ont été aussi longs, si la décision a traîné en longueur, c’est parce que les positions étaient difficilement conciliables. Or, les principes ont la vie dure et doivent être appliqués, qu’il s’agisse d’anciens chefs d’Etat ou de citoyens ordinaires quand il faut combattre l’impunité. Les droits de tout homme à la vie, à l’intégrité physique et morale à la dignité humaine, à la liberté, etc.. sont pourtant pareils. Que vous soyez noir, blanc, jaune, vous avez droit à la protection de ces droits naturels, inviolables et sacrés. Aucun autre homme, fut-il Président, empereur ou dictateur, ne peut et ne doit s’arroger le droit de vie et de mort sur votre existence. Tôt ou tard, il devra en rendre compte car l’impunité – cancer de la justice- a vécu.
Par ailleurs, il faut dans l’ordre universel, éviter de traduite indûment un innocent Président ou coursier devant les juridictions pénales sans preuve et sans fondement. Cela est valable pour toutes les personnes poursuivies pour avoir attenté aux droits d’autrui.
Dès lors, il reste la question de l’indépendance. Indépendance matérielle pour un pays comme le Sénégal qui va abriter ce procès Habré. Pour les magistrats d’Europe, c’est surtout la question de l’indépendance ou de l’influence politique des grands pays contributeurs. Cette contradiction doit être réglée pour aider la justice pénale à gagner en crédibilité et en impartialité. Assurément, cette justice-là est opportune et empêche de nombreux dictateurs et potentats locaux de s’adonner à leur jeu et crimes favoris . Beaucoup de critiques qui sont faites à la cour pénale internationale, sont suspectes et tendancieuses dans la bouche de nombre d’africains. Au fait par quoi, par quel système, par quelle juridiction, proposeraient-ils qu’on remplace la Cour pénale internationale ? par l’impunité et le laisser-faire devant la guillotine ou la machine à broyer du citoyen, de l’opposant, du contradicteur et dissident ?
Non ? La justice pénale internationale n’est certes pas parfaite mais elle a le mérite d’exister et année après année, procès après procès, de faire avancer la défense des Droits de l’Homme, d’Abidjan à la Haye, de Ndjamena à Genève, de Monrovia à PHNOM-PENH

Yao Noel

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